Editorial 2012

  • L’élection présidentielle de 2007 doit être l’occasion d’un grand débat citoyen. Les partis politiques, englués dans les querelles de personnes, négligent ou occultent les vrais enjeux.

    Il appartient donc aux citoyens de prendre la parole sans attendre, de faire entendre leurs voix, de nourrir le débat, d’imaginer le monde de 2012 (terme des cinq années du prochain mandat présidentiel), de proposer des objectifs concrets et, pourquoi pas, de les imposer.

    C'est l'objet de ce blog. Ses auteurs publieront des notes sur chacun des grands thèmes de l'action gouvernentale. A vous de les commenter, de les amender.

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  • Ne soyez pas étonné ou choqué de la non-exhaustivité de nos analyses et de nos propositions : ce site est en construction et nous travaillons à l'enrichir et à le compléter jour après jour.

Boite à idées

  • Vous avez des idées, l’envie de suggérer des thèmes non traités a ce jour, n’hésitez pas a nous en faire part .Bien entendu l’auteur de chaque suggestion qui fera l’objet d’un article sera cité. Les thèmes traités dans imagine sont vastes et la tache importante, la participation de chacun sous une forme ou une autre est accueillie avec plaisir.Pour nous écrire: mail.imagine@gmail.com

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Appel pour le pluralisme démocratique

Ci-dessous, le texte de l'appel lancé aujourd'hui et déjà signé par Corinne Lepage, Nicolas Dupont-Aignan, Etienne Chouard et bien d'autres.

L'élection présidentielle est l'occasion du débat majeur de notre vie démocratique.

Aujourd'hui, les représentants de nombreux courants d'idées, électoralement ou politiquement significatifs, risquent de ne pas obtenir les 500 parrainages nécessaires à la validation de leur candidature.

Si tel était le cas, une part non négligeable des idées des Français ne serait pas représentée et le débat démocratique serait tronqué.

La démocratie a besoin de s'enrichir des idées et de la participation de tous. Il n'est pas logique que des élus, pour une part responsables de la situation actuelle du pays, puissent interdire à leurs adversaires de se présenter et de proposer de nouvelles solutions.

Dans cette attente, nous appelons les élus à soutenir un candidat dont ils pensent que la présence à l'élection présidentielle contribuerait positivement au débat d'idées.

Citoyens, refusez le déni de démocratie ! Signez cet appel pour inciter les élus à soutenir les candidatures de tous les courants politiques du pays. Le 22 avril prochain, lors du premier tour de la présidentielle, toutes les idées doivent se rencontrer.

Pour signer, c'est ici.

Candidats à la présidentielle : quelle vision ? quels objectifs ?

La lecture des programmes des candidats à la présidentielle est un exercice parfois distrayant, le plus souvent navrant.

Ces textes tiennent du concours Lépine, du catalogue de promesses intenables, de la collection indigeste de “mesures“ sans mesure ni démesure, destinées à flatter successivement toutes sortes de clientèles, à faire rêver le plus grand nombre, à court terme, sans trop déranger (les lobbies, le système, les gens, etc), sans, surtout, prendre la mesure des grands enjeux.

Et si on s'amusait un peu ? Et si un candidat à la prochaine présidentielle avait une vision, une véritable ambition, quelles pourraient-elles être ?

Le constat

 1- la mondialisation de la communication, des échanges commerciaux et de leurs conséquences rend inadaptés, voire obsolètes nos systèmes organisationnels, fondés sur les Etats-nations,

2- le capital asservit le travail, dissociant la finance de l'économie réelle, pour mieux nourrir la fortune de quelques-uns, les retraites de beaucoup (qui, en plus, n'en verront sans doute pas la queue) et, pour l'essentiel un système totalitaire et désincarné,

3- la croissance, seule mécanique économique mise en œuvre globalement à ce jour, est une fuite en avant suicidaire qui tient lieu, à tort, de progrès,

4- la croissance démographique, faite de moins de mortalité infantile et d'allongement de la vie, annonce, à trente ans, une population globale vieillissante, une urbanisation et des flux migratoires incontrôlables,

5- l'épuisement progressif des ressources non renouvelables (eau, pétrole, etc) promet, dans le même temps, une révision totale des objectifs et des moyens de nos économies, qui ne se fera pas sans conflits et sans guerres,

6- les effets du cours actuel des choses supposent une nature appauvrie, exsangue ou simplement invivable, du fait de la pollution, du réchauffement et autres dérèglements climatiques.

Les grandes orientations à long terme

Dans ces conditions, toute action politique, quelle que soit sa sensibilité, devrait s'articuler autour de cinq axes  :

1- Aller vers une redéfinition et une redistribution des strates du pouvoir politique, cohérente avec la taille de chaque enjeu, dotant chaque niveau de gouvernance des moyens correspondants à sa mission :

- Une gouvernance mondiale, sous une forme qui reste à définir, mais probablement pas celle d'un Etat supra-national, qui oscillerait en permanence entre deux dangers : celui d'être trop faible et celui d'être trop fort. Cette gouvernance mondiale serait exclusivement chargée de “questions d’intérêt général et global“ (maintien de la paix, gestion des ressources naturelles “stratégiques“, préservation de l’environnement, équilibre des échanges commerciaux, gestion des flux migratoires),

- Des gouvernances “locales“ (territoriales ou autres), au plus près de la vie quotidienne, des pratiques sociales, des traditions et de la culture des citoyens, là où ils se trouvent.

Communauté internationale, groupes de nations, nations ou régions, communes, réseaux non territoriaux, chacune de ces strates doit pouvoir contribuer à promouvoir l'exercice de la liberté de chacun et le bien-être de tous.

2- Aller vers un désarmement global, susceptible de faciliter le maintien de la paix et de dégager les ressources nécessaires à d'autres types d'actions.

3- Encadrer, limiter et contrôler les dérives et les effets pervers du capitalisme et de la course au profit financier, c'est-à-dire non lié à une valeur ajoutée par le travail.

4- Tendre vers l’égalité universelle des revenus.

5- Aller plutôt vers le Bien-Etre que vers le Plus-Avoir. Définir en conséquence des modèles et des objectifs de développement, non orientés vers la croissance tout azimut, économes en ressources naturelles, respectueux de l’environnement, des diversités géographiques, culturelles, des libertés, soucieux du long terme.

Compte tenu de ces orientations globales et de long terme,
que faire en France d’ici 2012 ?

1- Réformer l’Etat, donner à son action ses véritables dimensions, simplifier ses procédures et rendre plus économe et plus efficient son fonctionnement, ainsi que celui des collectivités territoriales et des organismes sociaux.

2- Reprendre l’initiative de la construction européenne, fût-ce sur une base plus limitée que celle des 27 et lui assigner, notamment, cinq objectifs :

- la conception d’un système institutionnel démocratique ;
- la mutualisation et l’intégration des systèmes de défense ;
- la mutualisation des efforts de recherche ;
- la mutualisation des ressources naturelles ;
- la refonte et l’augmentation de son budget.

3- Conduire une politique extérieure ambitieuse, avec un objectif principal : bâtir ou rebâtir une communauté internationale, susceptible de faire face aux enjeux globaux énoncés ci-dessus.

Pour cela, réformer profondément et renforcer les institutions supra-nationales, en leur assignant des objectifs et les moyens correspondants sur des sujets comme le maintien de la paix, la préservation de l’environnement, l'équilibre des échanges commerciaux, la gestion et la juste répartition des ressources naturelles, la gestion des flux migratoires, le contrôle des flux financiers.

4- Initier une politique de grands travaux, avec quatre objectifs : réaliser des économies d’énergie, développer des énergies propres, réduire drastiquement les pollutions,  “recoloniser“ le territoire pour une meilleure qualité de vie.

5- Accompagner cette politique par un effort accru de recherche, d’éducation, de formation, financé par une réorientation des crédits publics (diminution progressive et constante des crédits militaires, affectation des taxes sur les carburants, etc).

6- Promouvoir, notamment par la création et l'adoption de nouveaux indices, un modèle de développement, moins tourné vers la croissance quantitative et plus orienté vers la qualité de vie.

7- S’attaquer aux dérives du capitalisme financier, en limitant la course aux profits des entreprises et en inversant le déséquilibre croissant entre revenus du travail et revenus du capital.

8- Limiter l’amplitude de l’échelle des revenus (par exemple : de 1 à 3 pour une entreprise artisanale de 5 personnes, de 1 à 5 pour une petite entreprise de 50 personnes, de 1 à 10 pour une entreprise moyenne de 150 personnes, de 1 à 100 au-delà de 1.500, sans effet de seuil).

Si le prochain gouvernement faisait déjà le quart de tout ça, il aurait bien mérité...

Ce texte est une refonte d'un texte intitulé “Demandez l'programme (3)“, précédemment publié ici (le 13 juin dernier) et dans Imagine 2012. On y a laissé les commentaires reçus sur la version précédente.

Les mutations du capitalisme financier

par José Ferré

Depuis près de trois siècles, le capitalisme a accompagné et favorisé le développement du monde occidental. Il a apporté dynamisme et progrès, sur les plans économiques, techniques, culturels, favorisé une meilleure répartition des richesses. Aucun autre système, à ce jour, n’a fait mieux.

Cette reconnaissance des “bienfaits“ du passé ne vaut pas blanc-seing pour le présent ou pour l’avenir.

Car le capitalisme a connu, depuis les années 1970, une mutation qui bouleverse sa nature : de facteur central de production de richesses jusque dans les années 1960, il est devenu son contraire. Le capitalisme entrepreneurial des décennies et des siècles passés est devenu strictement financier.

D’abord incarné par une poignée d’hommes, puis une classe très étroite (les 200 familles en France, les figures emblématiques mondialement connues de familles comme celles des Rockefeller ou des Rothschild…), le capitalisme a, peu à peu, dès le XIXe siècle, élargi sa base sociale : il s’est démocratisé avec l’émergence des classes moyennes, en Europe et en Amérique du Nord.

Aujourd’hui, sans compter plusieurs milliards de petits propriétaires individuels, possesseurs de “valeurs d’usage propre“ (domicile, terre ou outil de travail), la base du capitalisme compte 300 à 400 millions de personnes à travers le monde (soit environ 5% de la population mondiale, essentiellement américains, européens et japonais), possesseurs d’actions ou de créances financières (comme, par exemple, leurs cotisations, obligatoires ou volontaires, pour leur retraite future).

Ces centaines de millions de personnes ne gèrent pas leur patrimoine en direct. Elles en confient la gestion à des banques, des sicav, des compagnies d’assurance-vie, des caisses de retraites, des fonds de pension qui eux-mêmes emploient plusieurs dizaines de milliers de personnes (30, 40.000 peut-être), chargées de faire fructifier les fonds qui leur sont confiés.

Qui dirige ce système ? Qui en est responsable ? On le voit : personne en particulier.

Ce qui nous conduit à la première mutation du capitalisme des trente dernières années : aujourd’hui sans visage, le capitalisme financier est désincarné.

La seconde mutation du capitalisme résulte du progrès des communications et des bouleversements qui s’ensuivent : depuis la seconde guerre mondiale, les barrières douanières ont été progressivement abaissées, la circulation de l’information, des produits, des services et des flux financiers en a été facilitée.

Aujourd’hui, le capitalisme financier est sans frontières. Le rôle régulateur des Etats est tombé en désuétude.

La troisième mutation du capitalisme tient à son succès même. Plus puissant que les Etats-nations et les politiques nationales, qu’il s’applique à démanteler, aujourd'hui, le capitalisme financier est sans frein et sans contrôle : il gère des sommes colossales, dont le poids sans rival dessine les contours du monde d’aujourd’hui, sans souci de tel ou tel autre régime politique, à Paris, New York, Tokyo, Moscou, Pékin ou Delhi.

A fin 2003, la capitalisation boursière mondiale représentait plus de 31.000 milliards de dollars, soit 86% du PIB mondial de la même année (36.000 milliards de dollars).

Que font ces masses d’argent considérables ? Elles sont investies, sous forme d’actions ou d’obligations, dans les plus grandes entreprises. En contrepartie, leurs gérants exigent une part croissante des profits générés par ces entreprises. La norme est aujourd’hui un retour sur investissement de 15%. Ce seuil ne peut être atteint et maintenu par les entreprises que de quatre manières complémentaires :
1• par un déséquilibre croissant, dans la répartition des résultats de l’entreprise, entre travailleurs et actionnaires, au profit de ces derniers
2• par la recherche constante de la productivité et de la croissance, à tout prix (concurrentiel, environnemental, social)
3• par la diminution constante des coûts (matières premières, transports, sous-traitance, travail) et, sa conséquence :
4• la délocalisation, c’est-à-dire la recherche frénétique, à travers le monde, du plus bas coût possible du travail.

Lorsqu’une entreprise ou un secteur a épuisé sa capacité à générer du profit pour ses actionnaires, ils sont aussitôt abandonnés pour un autre secteur, une autre entreprise qui subissent la même loi : augmentation des profits, au prix d’économies ruineuses pour les sous-traitants, puis pour les salariés destructrices d’emploi , coûteuses pour les communautés qui doivent compenser ou dédommager la perte des emplois et leur fuite vers d’autres cieux.

Aujourd’hui, le capitalisme financier est contre-productif et socialement nuisible, pour les populations occidentales qu’il exploite, comme pour celles des pays en développement qu’il sur-exploite.

Mais ce n’est pas tout. Non content d’être devenu contre-productif et nuisible pour les hommes, aujourd’hui, le capitalisme financier est nuisible pour l’environnement.

La course à la croissance, au profit immédiat entraîne l’exploitation massive, non régulée, des ressources non-renouvelables, pétrole et autres matières premières, forêts, eau. Cette exploitation du monde fini ne peut être infinie.

D’autant que les conséquences calamiteuses de cette exploitation sans frein commencent à apparaître aux yeux de tous :  réduction de la bio-diversité par la disparition massive d’espèces animales et végétales, réchauffement de la planète et dérèglements climatiques. Aujourd’hui, le capitalisme financier met en danger la planète.

En bref, et pour souligner l'absurdité du système, les 31.000 milliards qui circulent sans cesse autour de la terre, pour payer nos retraites, commencent par nous mettre au chômage et finissent par ruiner l'environnement des générations futures !

Ce système peut-il se réformer? La réponse est clairement non. La recherche du profit immédiat étant sa seule vocation, le capitalisme ne peut y renoncer, sauf à se condamner lui-même. Aujourd’hui, le capitalisme financier ne peut pas s’auto-réguler.

Peut-il être régulé de l’extérieur ? Aucune bonne volonté, aucun Etat, aucun groupe d’Etats, n'est aujourd'hui assez puissant pour contrôler, réformer ou mettre un terme à ce flux et à cette logique. Aujourd’hui le capitalisme financier ne peut être contrôlé ou réformé que par plus fort que lui.

Que faire ? Il n’y a que quatre solutions :

1• soit le cours actuel des choses se poursuit et, à 40 ans, sans s’y être préparée, la terre sera un lieu invivable écologiquement, économiquement et socialement.

2• soit des malins, “terroristes“ ou autres, piratent durablement les serveurs et lignes informatiques qui rendent possible la circulation internationale du capital.

3• soit les peuples se révoltent simultanément pour refuser ce système.

4• soit les hommes se regroupent pour former un Etat universel, seul capable d’établir des règles de fonctionnement communes, orientées vers le bien-être de tous et la préservation du cadre de vie, réglementant drastiquement le profit, voire l'abolissant dans sa dimension financière et substituant au concept de croissance celui de progrès.

Notre préférence va évidemment à la quatrième solution. Mais saurons-nous faire l'économie des trois autres ?

Pour une gouvernance mondiale

par José Ferré

Notre planète est confrontée à des problèmes sociaux, économiques, financiers, commerciaux, démographiques, environnementaux, auxquels des Etats agissant séparément sont dans l’incapacité de faire face. Au temps de l'indépendance a succédé celui de l'interdépendance.

Les institutions internationales existantes (ONU, FMI, OMC, Banque Mondiale, OMS, etc), animées par des philosophies, des principes et des objectifs différents, voire opposés, n’agissent pas en cohérence.

Pour résoudre des problèmes globaux, seule une réponse globale est pertinente.

Il est donc vital que l’humanité prenne conscience que, dans sa diversité, elle est interdépendante et forme une communauté de destin et d’intérêts unique.

Il est vital qu’elle mette en place, sans tarder, un système d’institutions fortes, ayant l’autorité légale et politique nécessaires pour gérer les sujets d’intérêt commun.

Ce mouvement, pour être accepté par tous, doit s'accompagner d’un respect des cultures locales et d'une délocalisation des prises de décisions, destinée à permettre à tout individu de participer activement à la vie de sa communauté propre, comme à celle de la communauté humaine.

Les principes fondateurs d’une gouvernance mondiale existent. Ils sont contenus dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies, le 10 décembre 1948, dans sa résolution 217 A (III). 

Quels seront les domaines de compétence d’un gouvernement mondial ?

1• L’environnement avec, pour objectifs principaux, la limitation de la production des gaz à effets de serre, la préservation des ressources naturelles, la protection de la biodiversité et de l'environnement,

2• Les forces armées et le maintien de l’ordre international, avec pour objectif un désarmement généralisé des Etats, des armées privées et la création d’une instance diplomatique d’arbitrage des conflits et d’une force de maintien de l’ordre international (voir article sur le désarmement mondial),

3• La sécurité civile, avec pour objectif la mutualisation des efforts des Etats,

4• Les finances, avec pour objectif d’encadrer et de réguler les flux de capitaux et les profits financiers,

5• L’économie et le commerce international, avec pour objectif de placer l’homme au centre de l’économie, de redistribuer équitablement les richesses, de tendre vers l’égalité de traitement entre les hommes, qu’elle que soit leur origine géographique ou sociale.

6• L’éducation, avec pour objectif la promotion de l’alphabétisation pour tous et l’enseignement de disciplines favorisant le développement d’une citoyenneté mondiale, humaniste et tolérante,

7• La Justice, avec pour objectif la simplification et l’unification des lois concernant les sujets d’intérêt commun

Que deviennent les Etats-nations dans ce contexte ?

Les Etats-nations constituent un cadre légal, un mode d'organisation politique et social, héritier d'une Histoire et d'une culture parfois millénaires. A ces titres, il est utile et légitime qu'ils subsistent. Mais il doivent aujourd'hui se refonder, reconsidérer le périmètre de leur intervention, en renonçant à une partie de leur souveraineté sur les sujets d’intérêt commun, au profit de l'autorité internationale . Celle-ci reçoit la capacité de légiférer, au nom de tous, sur ces sujets.


L’application locale des principes et des directives globales reste l’apanage des autorités locales (Etats, provinces), étant entendu que les décisions à impact local doivent être prises localement. A cet égard, chaque Etat devra prendre des mesures favorisant la démocratie participative.

Pour un désarmement mondial

par José Ferré

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En 2004, l’ensemble des Etats du monde a dépensé 975 milliards de dollars (contre 879, en 2003) pour s’armer et entretenir ses forces armées (source Grip).

Les premiers dépensiers sont les Etats-Unis, avec 455 milliards de dollars (46% du total), suivis de l'Union Européenne, avec 211 milliards de dollars.

Troisième Etat dépensier derrière les Etats-Unis et le Royaume-Uni, la France a consacré, en 2004, 46,2 milliards de dollars à son budget militaire. La Chine, avec 35,4 milliards de dollars, cinquième dépensier derrière le Japon en 2004, est suspectée de dépenser, en réalité, 90 milliards de dollars en 2005. Les 15 pays les plus dépensiers dépensent 82% du total.

L’équipement et l’entretien des armées coûte aujourd'hui environ 20% des budgets nationaux et 3% du PIB mondial.

L’un des objectifs majeurs de toute gouvernance éclairée doit être la diminution drastique, puis l’abolition de ces dépenses, la suppression des armées et la reconversion de leurs budgets et de leurs moyens vers des objectifs civils.

C’est un objectif aujourd’hui parfaitement utopique. C’est pourtant le nôtre. Ce devrait être celui de tout gouvernement civilisé. Ce devrait être celui du prochain Président de la République, issu de l'élection 2007.

Mais comment les choses devraient, doivent, peuvent-elles, se passer ? Rêvons un peu. Ou préparons-nous.

Se préparer, c'est gérer, sur plusieurs génération, la reconversion des personnels des armées et des arsenaux. Se préparer, ce peut être militer, dès maintenant, pour que des groupes d'Etats, non susceptibles d'avoir à gérer des conflits armés entre eux, en Europe, mais également ailleurs, en Afrique, en Asie ou en Amérique Latine, par exemple, créent des forces militaires régionales mutualisées, assurant à chaque pays une défense partagée en cas d'agression extérieure.

L'Europe peut et doit donner l'exemple, en rapprochant puis en fusionnant, pour commencer, les armées françaises, allemandes, espagnoles, belges, néerlandaises, italiennes et britanniques. Substituer au concept de défense nationale celui de défense communautaire, outre le resserrement des liens entre les pays participants, permettra de substantielles économies d'échelle et amorcera le mouvement d'internationalisation des forces armées.

Objectif : réduire sensiblement (50% ?), sur une quinzaine d'années, pour chaque pays concerné, le coût des dépenses militaires, en recherche, en matériel et en hommes.

Dans un processus plus global et à plus long terme, première étape, évidemment nécessaire : l'émergence d’une autorité mondiale. A partir de là, les guerres entre Etats sont déclarées illégales et deviennent “impossibles“.

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Et l’on peut enchaîner les étapes.

A l'horizon 2020 ou 2030, les forces armées de tous les pays sont placées sous commandement international unique.

Il faut une à deux bonnes années pour les évaluer. Entre temps, les armées ne recrutent plus ; mécaniquement, 3 à 4% des effectifs partent en retraite (ce sera le cas, chaque année suivante) ; enfin, les programmes d’investissements militaires sont stoppés, à l’exception des programmes destinés à armer les forces internationales. Les investissements à caractère de recherche sont reconvertis vers des priorités civiles.

Les forces armées restantes sont ensuite divisées en trois groupes :

1- Force Internationale de Maintien de l’Ordre

Chaque pays garde le contrôle de ses forces de police destinées à garantir la paix civile.

Toutefois, une Force Internationale de Maintien de l’Ordre est créée, avec des effectifs et des équipements provenant des armées nationales. Au fur et à mesure que ces effectifs partiront en retraite, cette force engagera ses propres effectifs.

Elle dispose d’antennes d’observation dans chaque pays, indépendantes des autorités locales.
Sa mission est le renforcement des unités locales ou nationales de maintien de l’ordre, en cas de désordres importants. Elle se substitue à elles en cas de guerres civiles, conflits entre pays, etc.

2- Force Internationale de Protection Civile

Elle est créée, avec :

des effectifs et des équipements nationaux ou internationaux mutualisés,
des effectifs en provenance d’un “Service Civil Citoyen Obligatoire“ (cf. rubrique Education), d’une durée de trois à six mois, auquel sont soumis tous les citoyens du monde, hommes et femmes,
des effectifs et des équipements militaires reconvertis des armées nationales, notamment ceux du génie. Au fur et à mesure que ces effectifs partiront à la retraite, cette force engagera ses propres effectifs.

Ses missions : la réaction rapide, le sauvetage et l’assistance de victimes de catastrophes naturelles de grande ampleur (tremblements de terre, typhons, éruptions volcaniques, incendies de forêts, inondations, etc) ; l’encadrement et l'aide à la reconstruction après ces catastrophes.Matissedance


3- Force Internationale de Désarmement

Elle gère 5 types d’opérations :


désarmement des armées nationales
désarmement des forces armées privées
démantèlement des arsenaux publics et destruction ou neutralisation des stocks existants ; les personnels des industries d’armement sont reconvertis vers des activité civiles
chasse aux arsenaux privés, caches d’armes, trafics d’armes, etc.
répression des traffics illicites : destruction des plantations et des installations de traitement des stupéfiants, ainsi que démantèlement des réseaux de la drogue.

La mission de la Force Internationale de Désarmement doit durer environ une dizaine d’années. Elle a vocation à diminuer fortement, dans le temps, ses effectifs et son activité.

A l'horizon 2050, l'affaire est dans le sac : le budget militaire a été ramené à 0,5% du PIB mondial. Dormez bonnes gens. Optimiste, non ?


Faire face aux dérèglements climatiques

par José Ferré

De tout temps, l’homme a considéré la planète comme un réservoir infini d’espace et de ressources de tous ordres, utiles et corvéables pour son usage quotidien ou son développement : lumière, air, eau, minéraux, végétaux, animaux…

L’homme dépensait sans compter les richesses d’une nature généreuse et en rejetait les rebuts, sans souci des conséquences. Qu’importe, pendant des millénaires, la terre était plus abondante que l’homme, et celui-ci ne l’avait pas suffisamment colonisée pour  peser sur son équilibre.

Avec l’avènement de l’ère industrielle, trois faits ont changé la donne :
1• la démographie mondiale a explosé,
2• l’exploitation des ressources naturelles, notamment minérales (charbon, puis pétrole), s’est brutalement accrue,
3• avec elles, les déchets de son activité et, notamment les rejets de gaz carbonique ont  dramatiquement progressé.

C_hav_7Depuis le milieu du XIXe siècle, ces trois phénomènes n’ont fait que croître de manière quasi-exponentielle. Assez rapidement, vers le milieu du XXe siècle, l’homme a dû se rendre à l’évidence : la terre n’étant pas infinie, elle ne pourrait pas indéfiniment fournir les ressources minérales nécessaires à l’accroissement de l’activité de l’homme ; elle ne pourrait pas, non plus, recycler durablement, sans dommages, des rejets de gaz carboniques croissants et autres déchets.

Au cours des années 60 et 70, des études scientifiques, de plus en plus nombreuses, ont commencé à démontrer que les ravages de l’homme sur la planète n’étaient plus “digérés“ par elle :

atteintes irréparables à la bio-diversité par la disparition, chaque année, de milliers d’espèces végétales ou animales ;
raréfaction de l’eau dans certaines zones ;
accroissement impressionnant des rejets de gaz à effet de serre, comme le dioxyde de carbone (CO2), le dioxyde d’azote (NO2), provoquant un réchauffement progressif mais constant de la planète ;
changements climatiques perceptibles, accompagnés d’une croissance impressionnante des catastrophes naturelles (2.800 catastrophes naturelles répertoriées entre 1990 et 2000, contre 100 entre 1900 et 1910) ; 
phénomènes auxquels s’ajoute l’épuisement progressif annoncé du pétrole, aujourd’hui encore principale ressource minérale utilisée par l’homme et cause des rejets de gaz carbonique les plus nombreux.

T054764aAujourd’hui les scientifiques s’accordent sur le fait qu’il y a bel et bien corrélation entre la hausse globale de la température et le rejet des gaz à effet de serre. La hausse de la température est estimée à 0.6° C depuis 1900, avec des conséquences que l’on peut déjà observer :

Modification de la répartition des précipitations
Fonte de la banquise
Recul des glaciers de montagne
Augmentation de la puissance et du nombre des cyclones
Elévation du niveau des mers

Et ceci n’est qu’un début : l’augmentation de la température devrait se poursuivre, entre 1,5 et 7°C, à l’horizon 2100. Les modifications du climat, déjà sensibles depuis un siècle, devraient donc se radicaliser, si les tendances actuelles se prolongent, voire s’accroissent comme c’est le cas aujourd’hui, du fait de l’industrialisation croissante de nouvelles zones du monde.

Des études scientifiques prévoient un changement brutal du climat, avec des conséquences dramatiques, non seulement pour le monde animal ou végétal, mais pour l’humanité toute entière : baisse des rendements agricoles dans certaines parties du globe, élargissement des zones infestées par le paludisme ou le choléra, augmentation des inondations. Cela affectera bien évidemment l’économie mondiale, provoquera, entre autres, des flux migratoires massifs spontanés et incontrôlables (plus de 50 millions de personnes déplacées d'ici 2010, pour des raisons climatiques, selon l'ONU).

AirpollutionsystemsLa communauté internationale s’est tardivement mobilisée. En 1988, sous l'impulsion de l'ONU, a été créé le GIEC (Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat - en anglais, International Panel on Climate Change ou IPCC). Depuis, le GIEC, qui compte des centaines d'experts, issus des universités, des centres de recherche, a produit trois rapports, dont celui de 1995, qui établit “une influence discernable de l'activité humaine sur le climat“. C'est ce rapport qui a conduit au protocole de Kyoto, conclu en mars 1999 et aujourd'hui ratifié par 123 pays.

Le protocole de Kyoto est, comme le souligne Denys Gauer, ambassadeur à l'environnement au Quai d'Orsay, “révolutionnaire et insuffisant“. “Révolutionnaire“, parce qu'il marque la prise de conscience collective des effets de l'activité humaine sur le climat ; “insuffisant“, parce que son champ d'application est limité à la période 2008-2012, et que seuls les pays industrialisés, à l'exception notable des Etats-Unis, se sont engagés à limiter, modestement, leurs émissions de gaz à effet de serre.

Fin 2005 s’est réuni à Montréal une conférence des signataires du Traité, qui a examiné les suites à donner à Kyoto.

Même modestes, les objectifs que se sont donnés les pays industriels ne seront sans doute pas atteints. Le Canada s'était engagé à une réduction de 6% de ses émissions en 2012, comparées à celles de 1990 : en 2003, il affichait une hausse de 23% ; l'Union Européenne ne tiendra probablement pas ses engagements de 8% de diminution.

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Nombre de pays émergeants, Inde et Chine en tête, considèrent que tout engagement de maîtrise de leurs rejets de gaz à effet de serre est une entrave à leur développement. Les Etats-Unis, plus gros pollueur mondial par pays et par habitant, refusent de ratifier Kyoto, tant que tous les pays, pays émergeants inclus, n'auront pas d'obligation de réduction de leurs émissions. A l’inverse de la position du gouvernement Bush, plusieurs dizaines d’Etats américains ont pris des engagements ambitieux de réduction de leurs émissions.

Face aux égoïsmes nationaux, aux enjeux économiques de chacun, au jeu irresponsable d’un système de marché seulement préoccupé par les prochains résultats trimestriels, tout reste donc à faire...

Mais quoi ? Bien sûr, un effort de recherche doit être consenti par les gouvernements et par le secteur privé pour développer rapidement des énergies propres, existantes ou à venir. C’est nécessaire, mais cela ne suffira pas.

Car, face à l’ampleur de la catastrophe annoncée, la solution ne peut être que concertée et mondiale, sous l’égide d’une autorité unique, contraignante.

Pour parvenir à cette réaction massive, une prise de conscience de chacun est nécessaire. Les actes du quotidien de chacun comptent (économies d'eau, déplacements limités au plus juste, consommation ramenée au strict nécessaire, etc) et influent sur tous. Ils doivent s'accompagner d'une action volontariste de prise en main de leur destin commun par les peuples. Pour conduire les gouvernements à agir vite. Ou par-delà les gouvernements, si cela doit hâter les choses.

La vie de chacun est en jeu, la vie des enfants de tous, plus encore.

Pour en savoir plus : Manicore, Protocole de Kyoto, Montréal 2005, Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques

Faire face aux migrations massives des 30 prochaines années

par José Ferré

A l'horizon 2030, selon un rapport du programme ONU-Habitat, rendu public le 12 septembre dernier, à l'occasion du dernier sommet mondial, 3 milliards de personnes supplémentaires viendront rejoindre, dans les zones urbaines, les 3 milliards qui y vivent déjà.

Cela suppose, en 25 ans, la construction de 35 millions de logements par an, 96.000 par jour, 4.000 par heure.

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Et le rapport prévient : “Si des ressources financières ne sont pas investies dans le développement des logements urbains, les 3 milliards de personnes qui nécessitent un logement d'ici 2030 vont tomber dans le piège de la pauvreté urbaine et vivront dans des conditions déplorables.“

Le plus probable, c'est que les sommes nécessaires au logement et, par conséquent, aux transports et à l'accueil social, sanitaire, scolaire, de ces milliards de personnes ne seront pas investies.

Que faire ? Laisser venir ces gens vers les villes en leur faisant miroiter, pour leur malheur, les beautés de la société de consommation et de la croissance, en prenant le risque de créer des hyper-ghettos, avec les conséquences que l'on connaît ? Ou changer de modèle sans tarder et ralentir, faute de stopper, l'exode vers les villes ?

Placedescornieres

Pour Action, Il est urgent de réunir une conférence internationale, sous l'égide l'ONU, pour prévoir :

1• une augmentation des prix agricoles à la production,

2• le développement d'activités in-situ, artisanales, industrielles, de service et de télé-travail, et toutes mesures susceptibles de favoriser le maintien dans les zones rurales d'une proportion importante des populations concernées.

3• l'adoption d'un plan mondial d'aménagement des territoires, prévoyant la création massive et le développement de villes nouvelles, de taille moyenne -500.000 à 2 millions d'habitants-, susceptibles de désengorger les grandes métropoles.

4• La construction de ces villes et de leurs infrastructures, financées avec l'aide de la communauté internationale, répondra à des normes environnementales et favorisera, par l'ampleur du marché ainsi créé, un développement rapide de filières de construction éco-compatibles.

Imagine est dans l'escalier

Fondimagine2012newpetit Imagine a pris quelques semaines de vacances, en vous laissant de la lecture. N'hésitez pas à laisser votre sentiment sur les analyses et les propositions déjà en ligne, à apporter vos critiques et vos idées.

Imagine revient avec des idées fraîches, d'ici début juin. Bonne lecture.

Les mondes sont Un, le monde est divers

par José Ferré

Le monde est Un.

Depuis le premier tiers du XIXe siècle, l’évolution des outils et des moyens de communication a rapproché les hommes, aboli les distances.

La libre circulation des hommes, des idées, des capitaux et des marchandises qui en ont résulté, ont dessiné un monde qui se trouve aujourd’hui, pour la première fois de son histoire, menacé de rupture, d’implosion, à court ou moyen terme.

Pourquoi ? Parce qu’il doit affronter, simultanément, une série de six problèmes qui méritent des solutions radicales et urgentes :

1- la mondialisation de la communication, des échanges commerciaux et de leurs conséquences rend obsolètes nos systèmes organisationnels, fondés sur les Etats-nations,

2- le capital asservit le travail, dissociant l'économie réelle de la finance, pour mieux nourrir la fortune de quelques-uns et les retraites de beaucoup, 

3- la croissance, seule mécanique économique mise en œuvre globalement à ce jour, est une fuite en avant mortelle qui tient lieu, à tort, de progrès,

4- la croissance démographique, faite de moins de mortalité infantile et d'allongement de la vie, annonce, à trente ans, une population globale vieillissante et une urbanisation incontrôlable,

5- l'épuisement progressif des ressources non renouvelables (eau, pétrole, etc) promet , dans le même temps, une révision totale des objectifs et des moyens de nos économies,

6- les effets du cours actuel des choses supposent une nature appauvrie, exsangue ou simplement invivable, du fait de la pollution, du réchauffement climatique et autres dérèglements.

Chacune de ces six questions complexes interfère obligatoirement avec les autres. Aucune ne peut être traitée séparément, comme croient pouvoir le faire les spécialistes. Les réponses que nous devons leur apporter sont à leur conjonction. Pas ailleurs.

Elles ne relèvent donc pas de la (des) technique (s). Elles relèvent du politique.

Le politique agit en 3 dimensions dans le temps (au présent, à moyen et à long terme) et dans l'espace (chacun sur sa vie personnelle, sur sa/ses communauté/s, sur son pays, sur le monde). Ici encore, la complexité n’est pas une option, elle est nécessaire.

Surtout si l'on considère, à juste titre, que chaque être vivant, chaque communauté, a sa propre vision du monde ; que celle-ci est aussi respectable que toutes les autres et que ce sont ainsi des milliards de visions du monde qui doivent être mises en relation et se retrouver sur quelques grands sujets.

Le monde est divers.

Le monde est Un et divers. C'est une communauté de destins et, en même temps, une exhubérante richesse de différences. Le monde est aujourd'hui inter-dépendant. Constitué de nations, de peuples tout à la fois indépendants et indissolublement liés les uns aux autres.

Vouloir changer le monde, c’est tenter de gérer cette complexité, faite d'unité et de diversité.

Il y a deux manières traditionnelles de penser le monde : celle qui cherche les ressemblances et celle qui cherche les différences.

Faut-il laisser la première option à ceux qui s’acharnent à “uniformiser“ ? Ou n’est-il pas souhaitable de chercher des points de rencontre, des points de convergence, de coopérations, d'union, de solidarités, pour faire face à notre destin commun ?

A l’inverse, faut-il laisser aux communautarismes, et autres nationalismes, toute liberté pour diviser, accentuer les différences, les points de divergence, le repli sur soi, l'ignorance ou le mépris des autres ? Non, bien sûr.

Il y a donc une troisième voie, à laquelle je crois : aujourd’hui, parce que nous sommes tous interdépendants, il est important de travailler aux convergences, tout en respectant les différences, la diversité.

Négliger cette double dimension, oublier de penser et d'agir “glocal“ -pas penser global et agir local (selon la formule célèbre d'Akio Morita, le fondateur de Sony), mais penser et agir glocal (néologisme pas très heureux phoniquement, j’en conviens :)-, c’est marcher sur une seule jambe.

L'enjeu de la prochaine présidentielle est de préparer la France à des mutations qui supposent une vision globale ET locale, une vision glocale. Indissociablement. Saurons-nous y répondre, sans perdre en chemin une partie de nous-mêmes ?

Un Contrat LAIC pour favoriser l'insertion sociale

par Nicolas Voisin et José Ferré

Par-delà l’école, l’Etat doit contribuer à favoriser l’insertion des jeunes générations dans la société.  Aujourd’hui, à part l’apprentissage et des stages sous-rémunérés, rien n’est prévu pour faciliter la transition entre l’enseignement théorique et la vie sociale et professionnelle.

Au sortir du collège, du lycée ou de la fac, un adolescent ou un jeune adulte ne sait rien de ce qu’est une entreprise (à quoi elle sert, comment on la crée, quels sont ses interlocuteurs, quels sont les devoirs et les droits d’un entrepreneur, d’un salarié, etc), une démarche administrative, le fonctionnement pratique d’une collectivité territoriale, etc.

Le plus souvent, alors qu’il devra, en moyenne, pratiquer près d’une dizaine de métiers différents au cours de sa vie professionnelle, il ne connaît rien de la richesse de la gamme des métiers existants, de la variété des secteurs en développement et des pistes imaginables pour les métiers d’avenir.

Nous proposons la création d’un dispositif de transition entre l’école et la vie active, intitulé “Contrat Laïc“ (L.A.I.C. pour LAnnée d’Intégration Citoyenne), ouvert pour les jeunes, filles et garçons, à partir de 16 ans, en fonction de leur âge en fin d'études, concentré sur un an ou réparti en plusieurs périodes.

Il a pour objet d’informer, de former les jeunes à leur vie future et de les faire entrer de plain-pied dans la vie de la communauté. Le Contrat Laïc regroupe, en effet, trois types de formations et d’activités :

1•    Un Service Citoyen Civil Obligatoire, d’une durée de trois mois (ou de six mois, plus coûteux en encadrement et en moyens), répartis en quatre semaines de classe (orientée vers l’instruction civique, la défense civile et la solidarité) et huit semaines de service de la communauté, rémunéré symboliquement (voir l’article “Pour un Service Citoyen Civil Obligatoire“).

2• Une formation à la vie sociale, d’une période d’un mois (qu’est-ce qu’une entreprise, etc) complétée, en option, par une information d’un mois sur les filières et les métiers.

3• Un Contrat Premier Emploi qualifiant, remplaçant et limitant les stages, d’une durée de six à neuf mois, permettant à l’adolescent ou au jeune adulte, qui ne trouve pas immédiatement un CDI, de s’insérer réellement et durablement dans la vie professionnelle, dans l’entreprise et de pratiquer un vrai métier, en fonction de sa qualification (voir l’article “Pour une remise à plat du droit du travail et des systèmes sociaux“). Après l'exécution de ce contrat, le jeune adulte entre dans le droit commun du travail.

Le dispositif “Contrat Laïc“ sera également ouvert, moyennant aménagements, sur la base du volontariat, aux adultes n’en ayant pas bénéficié à l’adolescence et aux personnes nouvellement installées en France.

Pour une agriculture environnementaliste

par Hugo Bréant

On connaît bien aujourd’hui les effets néfastes de l’environnement sur l’agriculture (sécheresses, orages, hivers rigoureux, etc.), mais on parle moins des conséquences de l’agriculture sur l’environnement. Pourtant, dans le cadre d’une agriculture productiviste et industrielle, née après la Seconde Guerre mondiale pour soutenir la reconstruction et la poussée démographique, il est indéniable que les activités agricoles participent, à leur échelle, à la dégradation du cadre naturel.

L’agriculture actuelle est la plus coûteuse, en termes d’énergie, de toute l’histoire de l’Humanité. Il faut aujourd’hui 15 calories énergie pour produire 1 calorie alimentaire. On voit ici poindre les limites de cette agriculture moderne, peu respectueuse voire peu soucieuse de son environnement, qui contribue aux pollutions chimiques des sols et des eaux et à la pollution génétique. Ainsi, l’agriculture qui doit nourrir l’Homme menace le milieu naturel et, par extension, la pérennité humaine sur Terre.

Si ce constat, qui doit aujourd’hui s’imposer, paraît apocalyptique, il ne faut en aucun cas tomber dans le fatalisme, car des solutions existent, des solutions simples, que les gouvernements, les agriculteurs, les commerciaux, et les citoyens consommateurs peuvent appliquer, conjointement. En tous les cas, chaque foyer européen participant en moyenne tous les ans à hauteur de 500 € au développement de cette agriculture néfaste, il est essentiel que nous nous saisissions tous du débat national qui doit s’engager et que nous participions à la naissance d’une agriculture environnementaliste.

La pollution chimique 

Les pesticides sont vendus comme des produits très efficaces pour augmenter la productivité en luttant contre les nuisibles. Ainsi, leur production et leur utilisation ont été multipliées par 42 entre 1945 et 1995. La France en est d’ailleurs le plus gros consommateur, avec les Etats-Unis. Créés pour atteindre les centres nerveux des soldats pendant la Première Guerre mondiale, les pesticides sont aujourd’hui utilisés par tous, Etats, privés et particuliers et 90 % des surfaces agricoles sont traitées avec ce type de produits, de plus en plus puissants, et dont les effets sur l’homme sont encore trop souvent méconnus.

Pesticides

Il faut pourtant savoir que les pesticides sont à la fois inefficaces et dangereux. Leur effet n’étant pas définitif, on multiplie les fréquences d’utilisation et surtout les combinaisons toxiques. En tuant les prédateurs naturels des nuisibles et en créant chez les insectes et les plantes des résistances aux produits, les pesticides n’ont pour seul effet que de faire réapparaître leurs ennemis. Malgré l’augmentation de leur utilisation, les pertes des récoltes dues aux insectes sont passées de 7 à13 % dans le monde depuis 1945 et une étude de l’Agence européenne pour l’environnement menée en 1999 a montré que 95 % des pesticides échouaient et contaminaient les cultures.

Ces produits, largement utilisés, sont extrêmement dangereux. Ils mettent en péril certaines espèces et, par extension, le règne animal et la biodiversité. Leurs effets sur les hommes sont aussi connus, même si les liens de causalité sont parfois difficiles à prouver à cause de leur effets à long terme. L’exposition répétée aux pesticides, leur accumulation dans l’organisme et la transmission aux fœtus en font un réel enjeu de santé publique. Les pesticides tuent chaque année 20 000 personnes dans le monde, favorisent les maladies cardiaques et respiratoires, les cancers, la sclérose en plaques, les maladies de Parkinson et d’Alzheimer et les atteintes au système hormonal. De plus, ces polluants organiques persistants (POP) se propagent partout dans le monde, jusqu’aux Inuits, selon une étude menée dans les années 1980. On pourrait également parler des nitrates d’origine minérale (engrais chimiques) et organique (lisiers des élevages), qui favorisent les cancers et les maladies respiratoires.

La pollution des eaux

L’agriculture pose également le problème de l’eau. Avec l’augmentation de l’agriculture irriguée destinée à augmenter les rendements à court terme, la consommation d’eau douce a été augmentée de 65 à 85 % dans le monde. En effet, un agriculteur consomme 2 fois plus d’eau aujourd’hui qu’en 1950. L’utilisation de conduites d’eau, de barrages colossaux et de pompes accroît sensiblement cette tendance.  Or, 70 % de l’eau utilisée est perdue par évaporation et ruissellement.

Irrigation

Au plan écologique, le bilan est dramatique. L’irrigation massive mène d’abord à une salinisation des sols. De plus, l’extraction en trop grande quantité de l’eau douce ne permet pas le remplacement naturel des réserves. Ainsi, chaque année l’équivalent du débit annuel du Nil se trouve être prélevé sans pouvoir se régénérer. Les nappes aquifères se vident et se remplissent parfois d’eaux salées ou polluées, avec les conséquences que l’on devine sur les écosystèmes aquatiques. Enfin, ce détournement massif des ressources en eau crée, pour 41 % de la population mondiale, une situation de « stress hydrique », c'est-à-dire de manque d’eau engendrant des rationnements. En 2002, 5 millions de personnes sont mortes à cause de cette pénurie de « l’or bleu ».

L’épuisement des sols

Tout type d’agriculture vulnérabilise les sols, mais l’agriculture productiviste actuelle augmente considérablement ce risque. Avec le recours croissant aux engrais chimiques, aux machines, au surpâturage, à l’augmentation de la taille des exploitations, à la suppression des séparations végétales entre les parcelles et à la monoculture, les terres sont plus soumises à l’érosion et le sol laisse l’eau s’infiltrer, ne capte plus l’oxygène et voit sa couche arable disparaître. De ce fait, les qualités minérales des sols et donc de l’alimentation se trouvent diminuées, les mécanismes biologiques naturels des sols stoppés, l’acidité des sols augmentée, la croissance des plantes limitée et la vulnérabilité face aux sécheresses, aux pluies et aux coulées de boues augmentée. Résultat, l’équivalent de 38 % de la surface agricole cultivée actuellement s’est trouvée être dégradée ou abandonnée.      

Monoculture

On sait que 80 % de l’alimentation mondiale dépend de la culture des céréales. Pourtant, on a observé, entre 1972 et 1996, une chute de 30 % de la superficie par habitant des terres réservées à la culture céréalière. La quantité de surfaces cultivées diminue alors que l’urbanisation et la croissance démographique font croître la demande en nourriture. Paradoxe dangereux pour la sécurité alimentaire. Paradoxe qui ne doit pas faire oublier un énorme gaspillage qui pourrait être évité et rendre la pénurie alimentaire moins forte dans le monde.  Selon une étude du département américain de l’Agriculture, sur 161,5 millions de tonnes produites en un an aux Etats-Unis, 43,5 millions de tonnes se perdent entre la production et la consommation.

La pollution génétique

Le débat sur les organismes génétiquement modifiés (OGM) révèle l’ambiguïté de cette pollution génétique. En effet, dans ce domaine, tout appartient au conditionnel et à l’hypothétique. Les conséquences à court, moyen et long termes des OGM sur l’Homme sont étudiées mais pas encore connues.

Pourtant, ces produits sont largement commercialisés, aux Etats-Unis, par exemple, près de 70 % de l’alimentation en contient. Dans ce débat, deux camps, ceux qui prônent à juste titre l’application du principe de précaution et ceux qui, sous couvert d’une thèse fallacieuse qui explique que les OGM peuvent réduire la faim dans le monde, se livrent à un commerce effréné.

Nous devons pourtant savoir que la famine n’existe pas, puisque la production agricole peut nourrir tous les habitants de la planète. Les pénuries alimentaires sont en fait souvent le produit de luttes politico-économiques qui pourraient être solutionnées et ainsi permettre à tous de manger, avec ou sans OGM. Ce dont nous sommes actuellement sûrs, c’est que les cultures OGM développent des résistances aux pesticides et mènent donc à une plus grande utilisation de produits chimiques dont nous avons déjà parlés.   

Ogm

L’agriculture biologique, une alternative viable et essentielle

Face à cette agriculture productiviste, dont nous avons brossé ici un tableau des risques écologiques, des alternatives, économiquement et écologiquement viables, existent. L’agriculture biologique, fondée sur la connaissance de la gestion naturelle des nuisibles, sur la diversification et la rotation des cultures, sur la plantation de zones boisées aux qualités insecticides naturelles permettant le retour des prédateurs naturels des nuisibles et l’utilisation de composts naturels pour accroître la fertilité des sols, cette agriculture raisonnée à échelle humaine a déjà fait ses preuves. Les cultures biologiques, moins coûteuses, sont souvent aussi productives voire plus que les autres. Le cas de la Chine ou de Cuba en sont d’illustres exemples.

Face à ces arguments, l’immobilisme dû aux pressions combinées des administrations de l’agriculture, des syndicats d’agriculteurs et des firmes agrochimiques, qui fournissent elles-mêmes leurs études et tentent de maintenir les subventions à l’agriculture industrielle, un prix bas des pesticides, la propagation de ces produits et la compétitivité de ceux-ci.

Ces lobbys colossaux sont motivés par un marché mondial qui pèse près de 35 milliards d’euros et qui est monopolisé par 6 firmes majeures. De plus, les citoyens eux-mêmes dénigrent les produits « bio » en expliquant qu’ils sont trop chers. Ceci est totalement faux pour deux raisons. D’abord, les produits biologiques sont chers car ils sont peu produits et peu distribués. Ensuite, si l’on compte le prix à la caisse mais aussi les subventions aux agriculteurs, les sommes payées pour purifier l’eau des pesticides et pour lutter contre les maladies et les atteintes à la biodiversité, sommes qui sont à la charge du contribuable, alors le biologique revient bien moins cher.      

Que faire dès 2007 ?

Développer une stratégie nationale de suppression progressive des pesticides en instaurant des taxes sur les pesticides (Suède), en faisant appliquer le protocole de Stockholm, qui interdit les produits les plus dangereux et la convention de Rotterdam, qui permet de refuser l’importation de certains produits
Interdire la mise en vente des produits les plus dangereux, en empêchant les stocks de se constituer avant la disparition totale sur le marché
Réévaluer les seuils de dangerosité des pesticides dans la nourriture
Inciter les entreprises alimentaires à réduire les ventes de produits contenant des traces de pesticides
Mettre en place dans les firmes alimentaires des moyens de contrôle et de traçabilité de la qualité des produits
Contrôler l’utilisation agricole de l’eau
Supprimer les subventions à l’utilisation de l’eau aux grandes exploitations
Encourager la collecte et l’utilisation des eaux usées et des eaux de pluies et le recyclage de l’eau
Investir dans des systèmes d’irrigation plus efficaces (goutte-à-goutte, détection de l’humidité des sols, etc.)
Sélectionner et privilégier les variétés de plantes moins consommatrices d’eau
Mettre en place des programmes de plantation de forêts
Faire jouer systématiquement le principe de précaution
Conserver un moratoire (suspension de la mise en culture des OGM)
Favoriser un débat public et consulter les citoyens sur ces questions sensibles
Etiqueter les produits pour permettre au citoyen de choisir
Imposer aux firmes biotechnologiques la responsabilité financière des risques
Interdire les cultures OGM en plein champ
Interdire les importations d’OGM agricoles en faisant jouer le protocole de Carthagène appliqué depuis 2003 qui instaure un accord préalable aux importations d’organismes vivants modifiés, en connaissance de cause
Augmenter les aides à la recherche sur les cultures biologiques
Sensibiliser les agriculteurs, favoriser et aider leur reconversion vers l’agriculture biologique
Instaurer un quota de culture biologique sur les terres cultivables à atteindre en 2012
Transférer les subventions aux agriculteurs vers des cultures respectueuses de l’environnement (Suisse)
Aider les organismes publics à acheter des produits biologiques
Inciter les fabricants de vêtements à acheter du coton biologique
Inciter les grandes surfaces à rendre plus attractif les produits biologiques
Inciter l’Union Européenne et les institutions mondiales à aller dans le sens de ces politiques
Aider les pays en voie de développement (PVD) à s’affranchir de nos modèles d’agriculture   
S’informer, faire pression sur les élus, acheter au maximum biologique et limiter l’utilisation de produits chimiques

Développer une politique de filière “énergie et environnement“ (2)

par jcm

Le développement de nos sociétés depuis deux siècles est indissociablement lié à l’exploitation d'un produit assez facile à se procurer, abondant et concentrant une grande énergie dans un volume réduit : le pétrole.

Il est à tel point omniprésent dans nos vies que vouloir passer une journée sans pétrole, ou quoi que ce soit qui en contiendrait un dérivé, reviendrait, pour la plupart d'entre nous, à passer une journée nu, dehors, sans boire ni manger.

Depuis plus de 40 ans, nous sommes alertés sur la raréfaction à venir du pétrole, nous savons que le ”Peak Oil” nous menace (moment, que l'on ne sait prévoir, où la courbe des découvertes de nouveaux gisement dérochera par rapport à la courbe de notre consommation) et diverses estimations nous préviennent que nous ne disposerons de cette ressource, sous la forme abondante et abordable que nous lui connaissons, que pour un nombre d'années limitées : 10, 20, 40 ans ?

La plupart des analystes de la question montrent de grandes hésitations à fixer une date pour le  ”Peak Oil”, certains pensent que d'un point de vue théorique la prévision de cette date est une impossibilité et qu'il pourrait donc survenir dans de brefs délais, ou même appartenir à notre passé récent, sans que nous puissions le savoir.

D’autres, tels Yves Cochet (ancien Ministre de l’Environnement et de l’Aménagement du Territoire, in Pétrole Apocalypse, Fayard, 2004), l’annoncent pour 2007.

Le patron de Total envisage, lui, ce ”Peak Oil” pour 2020 et estime que vers 2050/2055 toutes les ressources pétrolières et gazières seront épuisées si la demande mondiale se stabilise à un taux de croissance de 2% par an (soit, en cumulé, plus de 50% de croissance, d’ici 2030), chiffre avancé comme le plus probable par l’Agence internationale de l’énergie, dont d’autres études.

Il faudrait au minimum que nous réduisions ce taux de croissance à 1% pour disposer d’un délai supplémentaire afin d'affronter mieux armés ce jour où le pétrole serait inaccessible.

Quelle est la signification de cela ?

Le jour où nous saurons que le ”Peak Oil” est devenu une réalité le prix du baril de pétrole, qui peut déjà être affecté par différents types de crises (météo-climatiques, politiques...), augmentera inexorablement et deviendra hors de notre portée pour un nombre croissant de nos activités.

Or nous ne disposons d'aucune solution crédible de substitution au pétrole pour la plupart de nos activités, en dépit de recherches d'énergies différentes.

Le décor est planté : le pétrole va devenir inabordable dans un avenir plus ou moins très proche qui nous laisse un délai incertain pour trouver et mettre en place des solutions alternatives.

Un des problèmes les plus ardus à résoudre est de trouver des produits ayant une teneur énergétique (pouvoir calorifique par unité de masse) comparable à celle du pétrole et que nous saurions rendre abondants, condition indispensable dans l'état de nos connaissances pour que nos avions volent, que nos autos et nos camions roulent et le fassent au rythme que nous imposent les structures de nos économies aussi bien que nos souhaits (pouvoir prendre des vacances loin de chez soi, circuler librement...).

Un autre problème doit être pris en compte : l'élévation du prix du pétrole entraînera l'augmentation du prix de toutes les énergies, de nombreuses substitutions se faisant au fur et à mesure de l'accroissement du prix du baril (typiquement se chauffer au bois quand on se chauffait au fuel).

Une solution envisagée dans le domaine des transports consiste à utiliser la biomasse.

Soyons très clair à ce sujet : il ne sera pas possible pour quel que pays que ce soit de remplacer entièrement sa consommation en pétrole par une énergie de la biomasse, même en imaginant une agriculture à très haut rendement utilisant des techniques très économes en pétrole (notre agriculture actuelle est très grosse consommatrice de pétrole).

Nous ne disposons d'aucune solution de substitution et tentons d'éviter le mélange des genres : l'hydrogène n'est en rien une ”énergie nouvelle” mais seulement un vecteur d'énergie, à l'équivalent de n'importe quelle pile ou batterie : il faut produire l'hydrogène à partir d'une source d'énergie tout comme nous produisons l'électricité qui servira à charger une batterie.

Nous allons donc nous trouver dans une situation au cours de laquelle le prix du pétrole augmentera tandis que petit à petit nous tenterons de mettre en place quelques éléments de solutions de substitution (c'est ce que nous faisons plus ou moins aujourd'hui avec des éoliennes, des chaufferies au bois, des biocarburants...), solutions envisagées dans un contexte d'abondance du pétrole, et qui ne seront donc pas adaptées à une époque sans pétrole car ces solutions de substitution sont toutes, sans exception, consommatrices de pétrole.

Construire une éolienne utilise du pétrole, cultiver du colza également.

Nous voyons bien l'inadéquation profonde des solutions que nous développons avec une période où le pétrole serait inaccessible, et une des meilleures illustrations que nous trouverions à cette inadéquation concerne le domaine des biocarburants, notamment en France.

Les filières choisies par le gouvernement (éthanol, diester) dans le but de ”végétaliser” nos carburants automobiles nécessitent des cycles industriels lourds de transformation de la biomasse, pratiquées dans des unités de transformation de type raffinerie qui devront recevoir des masses importantes de matières premières.

Cela implique que chacune de ces unités de production drainera la production agricole d'une vaste zone géographique pour son approvisionnement, avec pour corollaire que la distribution des produits finis nécessitera aussi de nombreux transports, ce qui sera assez incompatible avec une pénurie généralisée de carburants.

Nous en venons donc à une donnée capitale qui conditionnera la viabilité de toute solution de substitution dans un contexte de crise : son rendement.

De ce point de vue, les filières éthanol et diester placent la charrue devant les boeufs.

Indubitablement, en cas de difficultés, nous serons contraints de privilégier des solutions qui présenteront le plus haut niveau d'efficacité par rapport à l'effort fourni pour bénéficier de leur résultat.

En matière de biocarburants, il existe une autre filière, celle des huiles végétales brutes (ou pures), utilisables en mélange avec le gazole ou pures dans les moteurs diesel : l'obtention de ces huiles nécessite seulement le pressage et la filtration fine des oléagineux : aucune usine impressionnante, la possibilité d'une production/consommation dans une zone géographique réduite (pas de transports), des coûts de production très réduits par rapport aux autres solutions et un impact sur l'emploi probablement bien meilleur.

Un emploi qui serait un problème probablement encore plus vif qu'aujourd'hui en cas de crise pétrolière forte.

De quelque manière que l'on fasse le calcul le rendement thermodynamique des huiles végétales pures ”du champ à la roue” est au moins trois fois meilleur que celui des filières ”diester – éthanol”, leur rendement social atteindrait aussi de meilleures valeurs et surtout la pérennité de cette filière courte aurait de très grande chances d'être supérieure, et de procurer de très grands avantages en cas de crise intense et prolongée (ce qui nous menace).

Nous avons vu que nous ignorons à peu près tout du délai qui nous est imparti avant que le pétrole devienne une denrée rare, et nous savons par ailleurs que toute adaptation nous demandera beaucoup d'efforts, de moyens et de temps : les solutions mises en place aujourd'hui devront être les plus efficaces, les plus viables pour demain.

Pour Action, nous proposons que :

1• les solutions ”diester – éthanol” actuellement privilégiées fassent l'objet d'un moratoire suspendant leur développement.

2• les solutions ”huiles végétales pures” soient développées en France conformément à ce qu'impose la législation européenne, puisque d'un point de vue thermodynamique et social ce sont les plus performantes.

3• une pression soit exercée sur les constructeurs automobiles pour qu'ils fassent en sorte que tous les véhicules diesel deviennent capables d'utiliser de façon officielle (et conditions de garantie à l'appui) des huiles végétales pures : aujourd’hui, c’est possible pour une Renault ou une Peugeot, vendue en Allemagne, pas pour le même véhicule vendu en France. Pourquoi ?

4• pour toute hypothèse concernant les biocarburants une évaluation précise de leur rendement thermodynamique global (du champ à la roue) et de leur impact social soit établie en tenant compte de ce que seraient les conditions d'une époque de pénurie pétrolière, avant toute mise en oeuvre afin que puissent être privilégiées des voies réellement optimales.

Dans le domaine énergétique ”toutes applications confondues” (quel que soit le besoin à satisfaire) nous demandons qu'une évaluation de toute hypothèse de solution soit systématiquement faite avant son industrialisation, en se basant sur  le scénario d'avenir le plus défavorable, celui d'une époque de pétrole très coûteux ou inaccessible.

De telles évaluations sont indispensables à notre bonne préparation, qui ne sera pas instantanée, à une époque de pétrole rare et cher.

Observons également que les solutions les plus efficaces pour l'avenir le seront probablement aussi dès maintenant.

Préparer l'agriculture au choc de 2013

par Claire Fazilleau et Pierre Boulanger, attaché de
recherche au Groupe d'Economie Mondiale à Sciences Po



Dans le cadre du programme de Doha pour le développement lancé en 2001, les membres de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) se sont accordés en 2004 sur la nécessité de cesser les aides à l’exportation des pays dits du Nord, afin de diminuer les distorsions induites dans les relations commerciales avec les Pays En Développement (PED) et les Pays Moins Avancés (PMA).

Apwielkopolskalandscape

La Conférence ministérielle de Hong-Kong, en décembre 2005, -sur l’insistance de certains pays du Nord, dont la France, qui souhaitaient repousser les effets de ces mesures- a fixé à 2013 la date butoir pour l’élimination totale des subventions à l’exportation (et autres mesures à effets équivalents).

Depuis 1962, l’agriculture européenne, et donc française, est régulée par la Politique Agricole Commune (PAC). Jusqu’à l’année dernière, le montant des aides de l’Europe aux agriculteurs était essentiellement versé en fonction du nombre d’hectares cultivé ou des têtes de bétail d’une exploitation.

Farm

Ceci a renforcé l’exode rural et la concentration des exploitations. Aujourd’hui, une minorité d’entre elles perçoit la majorité des aides : 0,5% de gros exploitants touchent autant que 40% de petits exploitants.

Entrée en vigueur cette année, la réforme de la PAC de 1999 (approfondie en 2003, probablement renégociable en 2008 ou 2009 et qui s’appliquera jusqu’en 2013), instaure un découplage total de la majorité des aides à travers la mise en place de Droits à Paiement Unique (DPU). Par exemple, pour les Surfaces de Céréales, Oléagineux et Protéagineux (SCOP, 5,2 milliards d’euros de subventions versées aux cultures françaises en 2002), l’exploitant percevra 75% de la moyenne des aides touchées en 2000, 2001 et 2002. Et cela, qu’il continue à produire ou non.

Cette réforme de la PAC doit inciter les exploitants agricoles français et européens à produire selon les équilibres économiques du marché (loi de l’offre et de la demande) et non plus selon les primes européennes pour telle ou telle culture (conduisant à des distorsions sur les marchés agricoles telles des baisses de prix, des stocks d’invendus devant être écoulés sur des marchés tiers, au moyen notamment de subventions à l’exportation, qui ont pour conséquence la ruine de nombreux agriculteurs des Pays Moins Avancés et l’exode rural en Afrique et en Asie…). 

1371

Depuis 1999, les financements de la PAC sont répartis sur deux piliers :

1• le premier est consacré aux mesures d’interventions sur le marché et de subventions à la production (soutien au revenu des exploitants agricoles, prix minimum garanti, etc.)

2• le second concerne la fourniture de biens publics environnementaux et ruraux par les agriculteurs : contribution à la constitution de réserves d'eau, à la lutte contre les inondations, au recyclage et à la fixation des éléments nutritifs, à la formation des sols, au piégeage du carbone par les arbres et les sols, à la protection de la faune et de la flore sauvages et de la biodiversité, à la fourniture de services de loisirs et à la mise en valeur esthétique des paysages.

Aujourd’hui, les financements entre ces deux piliers sont très inégalement répartis : le rapport est de 1 (pour le deuxième) à 10 (pour le premier). Le rééquilibrage progressif des fonds du premier vers le 2ème pilier est prévu, mais demeure de trop faible ampleur.

Actions

1• Transférer, plus rapidement et plus massivement, les fonds du pilier des aides au marché vers celui du développement rural. Etablir des critères d’aide plus équitables dans une perspective de développement rural harmonieux : par exemple, considérer le nombre d’unités de main d’œuvre (en terme de création d’emplois), les actions pour l’environnement, …

2• Etre logique dans l’équilibre production-environnement : par exemple, mettre fin aux dédommagements des coûts induits par l’irrigation, qui sont une incitation à la consommation d’eau.

3• Inciter les petites exploitations –plus fragiles que les grandes dans la perspective de la fin de la PAC- à se restructurer d’ici 2012 :
-    en encourageant le développement des exploitations bio (très en retard en France, comparativement à d’autres pays d’Europe),
-    en favorisant la création de labels de qualité, apportant de la valeur ajoutée aux produits,
-    en accompagnant la reconversion progressive, partielle ou totale, de petites entreprises vers la sauvegarde du paysage ou le développement de loisirs ruraux.

Plaigne

Mieux gérer les ressources de l'Education

par Sébastien Basan

Selon le Ministère de l’Education Nationale, pour l’année scolaire 2004-2005, la France comptait 12 125 700 élèves du premier et second cycle scolaire, et 887 600 enseignants. Un calcul simpliste nous donne une enseignant pour 14 élèves (le rapport reste le même si nous ne considérons que l’enseignement public).

Ces chiffres semblent contredire les revendications syndicales, qui demandent constamment des moyens supplémentaires, des recrutements plus nombreux, pour assurer des cours de qualité. On serait même en droit de penser que Claude Allègre, lorsqu’il voulait « dégraisser le mammouth », pouvait avoir raison.

A première vue, le système éducatif français, même si une partie importante de son budget est désormais consacrée à l’Enseignement supérieur, du fait de la démocratisation de celui-ci, ne souffre ni de manque de personnel, ni de moyens.

Selon le rapport d'information présenté le 4 mars 2005 [à l'Assemblée Nationale] : “Nos dépenses publiques d'éducation par rapport au PIB excèdent nettement, avec 4 %, la moyenne de l'OCDE (3,6 %), ainsi que le taux de l'Allemagne (3 %), de l'Italie (3,7 %), du Japon (2,7 %) ou du Royaume-Uni (3,4 %) - fait qui ne serait pas critiquable en soi s'il conduisait à un niveau d'éducation proportionnellement supérieur. Cet écart est particulièrement marqué dans le secondaire : le coût d'un élève du second degré est de près de 25 % plus élevé par rapport à la moyenne des pays de l'OCDE. Or, les enquêtes internationales montrent que nos résultats scolaires se situent globalement dans la moyenne seulement des pays de l'OCDE.

“Selon la dernière enquête PISA (Programme international de suivi des acquis) menée par l'OCDE et publiée en décembre dernier, la France se situe au treizième rang en mathématiques et au quatorzième rang en compréhension de l'écrit parmi les pays de l'OCDE. En bref, le rapport coût/avantages de notre enseignement scolaire par rapport aux principaux autres pays développés est tout à fait perfectible. Cette situation tient à plusieurs facteurs : un taux d'encadrement pédagogique élevé, la multiplication des options, une gestion d'ensemble lourde et complexe, un cloisonnement disciplinaire trop rigide et un nombre excessif de personnels sous-employés ou en surnombre.“

L'Education a besoin d'une réforme d'abord administrative. Elle doit apprendre à gérer mieux ses ressources, à les répartir plus équitablement et, pour cela, réformer son administration centrale. Sans prétendre à l'exhaustivité, nous présentons ici trois aspects majeurs de cette réforme.

1• Mieux gérer les ressources de l’Education

Toujours selon le rapport d'information présenté le 4 mars 2005 [à l'Assemblée Nationale] sur “la gestion des personnels enseignants du premier et second degrés n'exerçant pas devant des classes de l'enseignement scolaire“, qui fait suite à celui de la Cour des Comptes de 2003 sur la gestion du système éducatif, on peut évaluer à 97.500 équivalents-temps plein (ETP), le nombre des enseignants des premiers et second degrés n'exerçant pas devant les classes de l'enseignement scolaire...

“56.000 sont rémunérés sur le budget de l'enseignement scolaire et 41.000 sur d'autres budgets, soit en tout 12,1 % des effectifs enseignants. Il convient de préciser que la Cour ne tient pas compte de l'absentéisme en général et des divers types de congés, qui représentent à eux seuls 15 000 ETP.

Ces 56.000 ETP rémunérés par le budget de l'enseignement scolaire représentent 7 % des effectifs et correspondent à un coût annuel d'environ 3,8 milliards d'euros, soit 6,65 % de ce budget et 1,33 % du budget de l'État.

Si certaines de ces situations peuvent paraître justifiées (certaines activités pédagogiques, les décharges de direction d'écoles, certaines missions administratives...), beaucoup semblent en revanche contestables au regard des exigences réglementaires ou de gestion.


A quoi sont-ils employés?

1- les enseignants sans classes, mais ayant des activités pédagogiques (18.000 ETP).
2- les enseignants temporairement hors du système éducatif. Ils correspondent à 21.000 ETP, dont 14.000 en disponibilité et 7.100 en service détaché hors enseignement auprès d'organismes divers.
3- les enseignants exerçant en dehors du secondaire ou du ministère de l'Éducation nationale (26 500 ETP).
4- les enseignants sans classe et sans activité pédagogique. C'est cette catégorie qui est la plus susceptible d'être critiquée. Elle représente à elle seule au minimum 32.000 ETP et une charge annuelle de l'ordre de 1,5 milliard d'euros. Elle est notamment constituée, en ETP, de 9.500 remplaçants inoccupés, 1.900 surnombres disciplinaires, 1.000 remplaçants incapables d'enseigner, 700 enseignants en réadaptation, ainsi que de nombreuses décharges diverses, dont beaucoup sont jugées par la Cour, soit « obsolètes ou aux justifications mal contrôlées », soit simplement non statutaires. Le nombre des remplaçants incapables d'enseigner et des enseignants en réadaptation est à relier avec la politique de recrutement et de gestion des ressources humaines du ministère. S'agissant des remplaçants inoccupés, on note de fortes disparités selon les académies, le taux variant de 7,7 % à Rennes à 46,3 % à Bordeaux et 94,8 % en Guyane. On compte, à côté des 1.400 ETP de décharges syndicales, 1.700 décharges UNSS (Union nationale du sport scolaire), qui sont payées sans être systématiquement effectuées. On dénombre aussi 4.000 décharges non statutaires et 7.800 décharges statutaires hors UNSS. Enfin, cette catégorie regroupe 3.100 ETP affectés à des fonctions administratives et 900 mises à disposition et prêts.

Cet ensemble composite recouvre, on le voit, trois types de situations : des cas de sous-utilisation manifeste des moyens (tels que les surnombres disciplinaires, remplaçants inoccupés, remplaçants incapables d'enseigner, enseignants en réadaptation, divers cas de décharges fictives ou non statutaires critiquées par la Cour...) ; des situations d'emplois apparemment justifiées, telles que les décharges syndicales ou certaines fonctions administratives - encore qu'il faille vérifier au cas par cas leur pertinence - ; enfin, une zone grise d'emplois dont l'utilité ou le bien-fondé juridique ne sont pas toujours clairement établis : les diverses décharges statutaires ou non statutaires, les mises à disposition et prêts, les enseignants affectés à diverses fonctions administratives, certains détachements, disponibilités, ou placements temporaires hors du système éducatif. Si le rapport de la Cour apporte beaucoup d'informations nouvelles, il ne permet pas d'identifier et de chiffrer clairement, parmi ces emplois, ceux qui sont utiles, ceux qui ne le sont pas, et ceux dont l'utilité est discutable.“

Il convient donc de mieux contrôler les effectifs d’enseignants et leurs affectations, pour renforcer les effectifs dans les tâches pédagogiques (préparation de projets éducatifs pour une classe ou un ensemble de classes), des missions de soutien aux élèves en difficulté ou aux classes difficiles.

2• Diminuer les disparités entre les classes

Le chiffre de 14 élèves par enseignant est une moyenne qui masque :

-    les classes uniques dans les zones rurales,
-    les classes surchargées dans les villes et les filières généralistes,
-    les classes allégées dans les zones d’éducation prioritaire, les filières techniques ou les matières optionnelles.
Nous observons donc une grande disparité mais la surcharge d’élèves est-elle nuisible ? Dans le passé, il était coutumier de voir des classes de 40 élèves, et de nombreuses études ont montré que le niveau des élèves était meilleur à cette époque. De plus, il apparaît que les classes dites « difficiles » ou dans des filières spécialisées sont allégées tout en étant celles qui obtiennent un moins bon degré de réussite à des diplômes. L’inspecteur d’Académie Marcel Vérani confirme cette tendance. Une corrélation systématique entre le nombre d’élèves et les résultats obtenus n’est donc pas avérée.

L’existence de ces classes allégées, car spécialisées, doit être maintenue car elle est un atout décisif dans la scolarité des élèves qui ont besoin de plus d’attention et d’encadrement. Inclus dans un système classique, ces élèves seraient certainement en perdition.

Ce qui compte n’est donc pas le nombre d’élèves mais le rapport pédagogique entre un enseignant et son auditoire. Un autre de nos articles évoque la nécessité de faire des classes de niveau sur lequel, nous complétons ici, peut être indexé un nombre d’élèves optimal (plus le niveau est élevé, plus on peut tolérer d’élèves dans une classe).

Le problème vient, encore une fois, de la mauvaise affectation des enseignants par zone ou par établissement. Les régions du Sud et de l’Ouest sont en sureffectif alors que les régions du Nord et de l’Est manquent de personnel. Au même titre que les zones d’éducation prioritaire, il convient donc d’encourager les affectations dans des zones géographiquement délaissées par des bonus de points au barème auquel chaque enseignant est soumis tout au long de sa carrière.

Il existe sans doute des contre-exemples indiscutables, mais nous pensons qu’avant de songer à faire plus de recrutement, il est préférable de faire des ajustements pédagogiques par une meilleure exploitation du personnel existant.

3• Réformer et alléger l’administration centrale de l’Education

Plus globalement, les dysfonctionnements du système éducatif supposent une réforme profonde de l’administration centrale. Loin des réalités du terrain auxquelles les enseignants sont confrontés chaque jour, l’administration décide des affectations, des programmes, des méthodes de formation des professeurs.

Certes, les rectorats et les inspecteurs d’académie sont une sorte d’administration décentralisée dans chaque région, mais leur autonomie reste très relative. Si la centralisation garantit une meilleure égalité des chances, sa lourdeur est de nature à paralyser ou à freiner toute évolution.

La réforme du système administratif de l’Education doit se donner trois objectifs :

1• harmoniser les programmes entre les différentes strates éducatives : primaire, secondaire, professionnelle, technique, supérieure,
2• introduire plus de souplesse dans la gestion du personnel,
3• alléger la contingence administrative, afin de financer la mise en place d’infirmières, d’assistantes sociales ou de conseillères pédagogiques au sein des établissements déficitaires dans ce type d’encadrement parascolaire.

Europe : savoir ce que veulent les peuples, déduire, proposer

par jcm.

Approuvé ici, rejeté ailleurs, le Traité Constitutionnel Européen (TCE) a montré les divergences qui existent entre certains peuples d'Europe et entre certains gouvernements, puisque ce traité n'a pas été soumis au vote populaire dans tous les pays.

Le processus de ratification adopté, différent d'un pays à l'autre, n'a malheureusement pas permis de nous faire une idée précise de ce que pouvait souhaiter chaque peuple d'Europe, étant donné que nous savons qu'il existe souvent une différence notable d'appréciation et d'opinion entre les citoyens d'un pays et les représentants élus par ces citoyens (voir par exemple les divergences fortes qui existent en France à propos du nucléaire ou des  OGM).

Par ailleurs, et bien que l'élaboration de ce traité ait donné lieu à concertation, même si le TCE avait été soumis au suffrage universel dans tous les pays d'Europe il n'aurait pas fourni un éclairage capable de nous informer précisément sur les désirs réels des peuples d'Europe confrontés aux réalités qui les attendent car des pans entiers de ces réalités ne sont pas abordés (ou le sont d'une façon trop laconique) dans le TCE.

Par exemple les termes ”climatique” et ”réchauffement” ne sont pas cités une seule fois dans le TCE alors que nous savons que le réchauffement climatique fait peser de sérieuses menaces sur nos sociétés (rappelons qu'après plusieurs années de déficit de précipitations en France des restrictions à l'utilisation de l'eau sont imposées dans plusieurs départements français au coeur de l'hiver 2006, situation très exceptionnelle qui pose des problèmes économiques et vitaux inédits en France).

Il doit nous apparaître que bien plus que les modes de régulation des marchés et des flux de travailleurs en Europe la manifestation de certains faits, qui ne sont pour l'instant que le siège d'incertitudes, de menaces (sur le climat, sur l'évolution vers de fortes hausses du prix mondial du pétrole et des matières premières... et bien d'autres) sera tout à fait décisive.

Quel que soit le mode de régulation adopté pour le marché du maïs en période de pluviométrie normale si la carence en eau se poursuit le marché du maïs s'effondrera pour certaines régions : il faudra donc imaginer un régime d'exception afin de porter secours aux agriculteurs ruinés, et l'on reportera cette dynamique aux transporteurs routiers, aux pêcheurs et aux chauffeurs de taxi face à une hausse importante du prix du pétrole.

Nous devrons affronter des ruptures, des évolutions non linéaires mais le TCE a été écrit dans l'optique d'une évolution assez linéaire de certains paramètres qui permettent à nos sociétés de fonctionner.

Si l'évolution de ces paramètres devient chaotique le TCE n'apporte que peu de solutions préconçues, et il faudra inventer quitte à en bousculer les préconisations afin de régler des problèmes nouveaux, dont on savait qu'ils avaient des probabilités de se produire mais pour lesquels aucun mécanisme de réponse n'avait été prévu.

Ce TCE, qui met en lumière des différences d'appréciation entre les peuples, entre les peuples et leurs élus, n'est donc pas un texte capable de nous permettre d'affronter efficacement certains défis qui nous attendent.

Les auteurs du TCE, mais aussi les différents peuples d'Europe (et du monde) ne sont pas unanimement conscients de l'imminence ni même de la réalité de ces défis à venir dont certains se manifestent déjà mais avec une ampleur encore supportable, et qui nous affecteront à moyen et à long terme.

Si chacun doit se soumettre à la contrainte de régler un certain nombre de problèmes au jour le jour, ce qui est vrai pour tout citoyen comme pour les élus, un texte écrit pour réguler nos vies sur plusieurs décennies doit tenir compte des évolutions prévisibles pour cette échelle de temps, et des différents types de ruptures qui risquent de se produire.

Mais nous ignorons quand, comment et avec quelle intensité elles se produiront.

Nous ne saurions même pas en faire l'inventaire et, par exemple, il n'est pas inconcevable que bientôt certaines régions d'Europe soient affectées du chikungunya, avec des conséquences sanitaires et économiques sur lesquelles nous ne pouvons émettre que des hypothèses (rappelons que le moustique vecteur est présent en Europe, mais que le virus n'y a pas encore été détecté).

Quelle Europe veulent ses citoyens ?

Quelle Europe capable de relever ces défis ?

Nous ne le savons pas et une Europe qui ne serait que ”L'Europe des marchés” s'avèrera vite insuffisante (si ce n'est déjà le cas !).

Il serait pourtant capital pour notre devenir à tous que nous sachions ce que sont les souhaits de nos concitoyens européens tant dans une vision linéaire que dans une vision chaotique de notre avenir commun.

Cela nécessite de poser clairement, de façon très explicite, un certain nombre de questions sur nos désirs et souhaits fondamentaux, en évitant les points de détail (pour ou contre les 4x4, la publicité dans les boîtes aux lettres ou les sacs plastiques biodégradables dans les grandes surfaces... ?).

A ce niveau de réflexion la régulation des marchés dans une vision linéaire de l'avenir est non seulement un point de détail, mais c'est un très mauvais axe de réflexion : le risque que les conclusions deviennent très vite obsolètes s'avère très fort et minimise la portée de ces conclusions.

Ce n'est que lorsque nous saurons exactement ce que veulent les peuples d'Europe confrontés à des difficultés inédites que nous pourront tirer des conclusions pertinentes, dans tous les domaines qui nécessitent des régulations.

Un tâche majeure nous attend : questionner les peuples en leur expliquant quelles sont les incertitudes qui pèsent le plus lourdement sur notre avenir, déduire des réponse les bases autant philosophiques que pratiques qui devront fonder les textes de régulation de l'Europe, puis proposer des textes capables d'encadrer nos actions à venir quels que soient les événements.

Qu'une sécheresse durable et généralisée ou d'autres fantaisies climatiques nous affectent, que le prix du baril de pétrole atteigne des sommets encore inconnus, que de nouvelles maladies se développent... et désorganisent nos sociétés nous devons devenir capables de réagir de façon appropriée et concertée pour notre plus grand bien commun.

Il est donc important que nous sachions imaginer ensemble ce que serait ce plus grand bien commun face à certaines adversités.

Pour une formation des enseignants à la pédagogie

par Sébastien Basan

We_schule_460 L’éducation consiste-t-elle à enseigner des mathématiques à un élève, à faire en sorte que l’élève aime les mathématiques, à lui apprendre une méthode de pensée, à éveiller sa curiosité ? L’absence de discipline dans les classes est-elle le seul fait des élèves ou l’enseignant et le système éducatif portent-ils une part de responsabilité ? Au-delà, le professeur est-il suffisamment  formé pour être un bon pédagogue ?

Pour cela, il est intéressant de regarder, par exemple, le programme proposé au concours interne, destiné aux étudiants ayant suivi les cours des Instituts Universitaires de Formation des Maîtres, pour la catégorie Mathématiques (Bulletin Officiel spécial n°5 du 20 mai 2004).

Il est demandé au candidat de connaître parfaitement son cours, les théories et les liens transversaux avec d’autres matières. Celui-ci est également inspecté sur ses capacités pédagogiques : sait-il expliquer son cours de façon intelligible et compréhensible ? Ceci semble tout à fait normal, mais est-ce suffisant et a-t-il été formé pour cela ?

La dimension pédagogique de la formation des enseignants est quasiment inexistante : on ne leur apprend pas à gérer une classe, ses conflits potentiels, les différentes cultures, les codes de langage et les problèmes sociaux. Or, les jeunes professeurs sont souvent envoyés sur des postes délaissés par les plus anciens, dans des collèges et lycées dits sensibles.

Shopschool

Il devient alors nécessaire de :

1• reconsidérer les méthodes de formation et d’évaluation des enseignants, en surpondérant la dimension pédagogique, psychologique et relationnelle avec les élèves,

2• répartir les professeurs sur les zones d’éducation prioritaires, en fonction de leur profil psychologique, de leur expérience, en leur assurant une rémunération adéquate.

Tout au long de sa carrière, l’enseignant évolue, par son expérience, ses relations avec les élèves, l’évolution des mœurs et les modifications des programmes. Il reçoit alors des formations adéquates, notamment pour l’usage des nouvelles technologies. Tout comme le bon vin, le professeur se bonifie généralement avec le temps, même s’il existe quelques cas dérangeants, pour les élèves comme pour le corps professoral.

Avec les visites d’inspecteurs académiques (toujours anticipées et préparées, donc peu efficaces), l’évaluation des enseignants est à la charge des directeurs d’établissements. Cette notation est théorique, car le directeur n’a pas le pouvoir de sanctionner, de se défaire ou de licencier un professeur. Au mieux, il le décourage en lui confiant un emploi du temps impossible à gérer afin de le pousser à  la «démission».

1• L’évaluation des professeurs doit être optimisée, en systématisant la visite de classe par une inspection de façon aléatoire et inopinée,

2• Les élèves doivent participer, de façon anonyme, à une évaluation du corps enseignant, en s’appuyant, par exemple, sur une grille simplifiée de questions préparée par le directeur d’établissement, le rectorat ou le ministère.

3• Le directeur d’établissement doit se voir confier plus de pouvoirs sur la possibilité de garder ou non un enseignant qu’il jugerait non apte.

Quelques principes pour une politique extérieure forte et généreuse

par José Ferré

A l’aube du XXIe siècle, la France a-t-elle encore un rôle à jouer dans le “concert des nations“ ?

Si l’on considère son poids démographique (elle représente moins de 1% de la population mondiale), économique (avec 1649 milliards d’Euros, moins de 5% du PIB  mondial : 33 500 Md€ en 2004), militaire, diplomatique (perte d’influence en Europe et dans sa zone d'influence traditionnelle, constituée par son ancien Empire colonial), linguistique (le français a définitivement perdu sa place de langue de référence diplomatique et culturelle), il faut en rabattre.

Puissance moyenne et relativement déclinante, liée voire entravée par ses engagements européens, est-elle condamnée à se taire ? Nous ne le croyons pas : le politique doit primer l'économique.

La France d’aujourd’hui, patrie des droits de l'homme, héritière d’une Histoire qui a souvent eu vocation à l’universel, peut avoir l’ambition de retrouver une voix originale, forte et généreuse, non seulement fondée sur la défense de ses intérêts propres mais, dans un monde interdépendant, sur la défense des intérêts de tous.

Pour faire face aux enjeux globaux des prochaines décennies (excès du capitalisme financier, démographie sans contrôle et déplacements massifs de population, menaces environnementales et réchauffement climatique), la France doit s’appuyer, avec fermeté, sur des principes simples et clairs :

1• solidarité universelle
2• équité entre les peuples et entre les hommes
3• primat du long terme sur le court terme
4• primat de l'intérêt commun sur les intérêts particuliers, s'agissant des principales menaces (environnementales, énergétiques, etc) que devra affronter le monde dans son ensemble, au cours des trente ou quarante prochaines années.
5• primat du politique sur l'économique

La France doit se faire la voix des peuples et des pays sans voix et promouvoir, d’ici 2012, des actions et des programmes internationaux, du type :

1•Renforcement des institutions internationales, avec, notamment, la création d’un exécutif compétent, responsable et doté de moyens d’action sur des sujets d’intérêt commun : prévention et gestion des changements climatiques, régulation des flux financiers…

2• Programme international de désarmement progressif

3• Programme international de développement d’une force de sécurité civile

4• Programme international de la gestion et du contrôle de l’urbanisation

5• Programme international de contrôle des cultures et des trafics de drogues

6• Programme international de création d’indices de progrès réel pour contrebalancer les indices PIB, destiné notamment à orienter le développement sur le “Mieux Etre“ plutôt que sur le “Plus Avoir“

7• Programme international de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, renforçant sensiblement les dispositions de l'accord de Kyoto

Dans sa zone d’influence traditionnelle, en Afrique notamment, la France doit faire entendre une voix nouvelle et généreuse.

Elle dispose d’un levier : sa politique de coopération, qu’il s’agit de réorienter vers moins d’allocations financières massives,non contrôlées, et plus de transferts de technologie, plus d’assistance civile, médicale et éducative, plus de micro-programmes destinés au développement local et à la fixation des populations sur leur terre d'origine. La France, si elle dispose de moins d’argent, doit offrir plus de bras et de cerveaux et non dépouiller les pays pauvres des leurs.

En Europe, la politique de la France doit promouvoir un renforcement de l’Union sur cinq axes, tant au sein des 25 que dans le cadre d’accords bilatéraux ou multilatéraux restreints (les fondateurs, augmentés de quelques autres pays volontaires) :

1• Approfondissement de la construction institutionnelle, orientée vers la création d’une union politique, plutôt que d’un marché économique.

2• Rapprochement, mutualisation et intégration progressive des armées européennes, dans un triple objectif de réalisation d'économies d'échelle, de coordination de la défense, de développement d’une force d’intervention rapide unifiée, qui agira, notamment, en coopération avec les institutions internationales.

3• Création d’une force de défense civile unifiée.

4• Rapprochement, mutualisation de la recherche scientifique.

5• Rapprochement des politiques extérieures.

Au total, la France doit avoir une ambition : être humaniste, exemplaire et faire en sorte que cette exemplarité devienne un modèle pour tous.

Pour une politique de grands travaux

par José Ferré

Estimer que le monde, dans sa diversité, est confronté à des problèmes de survie communs, vouloir un monde plus respectueux de l’environnement, offrant des perspectives de vie mieux équilibrées à tous, refusant de vouer un culte à la seule croissance matérielle, implique des actions fortes.

En voici trois.

1- Construire 300 à 500 villes nouvelles

Chaque année, on construit en France près de 500.000 logements. La plupart sont bâtis à la périphérie des grands centres urbains, contribuent, entre autres, à leur engorgement, au développement de la spéculation, à celui de la pollution par l’allongement des trajets de transports, à celui du mal-vivre. Aujourd’hui, 80% de la population française s’entasse sur 20% du territoire.

Nous proposons un changement radical du modèle d’urbanisation existant : il s’agit de cesser de faire croître les zones déjà saturées et de créer des villes nouvelles, de 20.000 à 50.000 habitants.

Ces villes seront situées à moins de 50 km d’un grand axe routier ou//et ferrovière. Elle seront édifiées autour d’un cœur, constitué de bourgs existants, aujourd’hui peuplés de 3.000 à 10.000 habitants.

De taille humaine, ces villes seront néanmoins assez grandes (20 à 50.000 habitants) pour être équipées de centres médicaux, scolaires, de loisirs, de systèmes de transports en commun, etc.

A la différence des villes nouvelles des années 60 et 70, elles n’auront pas vocation à être des cités-dortoir, mais seront largement autonomes dans leur activité. Leur construction sera accompagnée de la création de quartiers d’activités commerciales, industrielles, artisanales, administratives et de services, dont le développement sera fortement encouragé par des mesures fiscales et para-fiscales.

De plus, ces villes seront conçues dans le respect de normes environnementales strictes. Elles seront économes et, si possible, autonomes en énergie.

Leur développement permettra la mise au point et l’industrialisation de savoirs-faire (en urbanisme, en architecture, en matériaux et en techniques de construction, en transports, en techniques d’économies d’énergie, de production d’énergie propre, de communication, etc) qui seront ensuite exportables.

C’est toute une série de filières qui bénéficieront de ce grand chantier, qui doit avoir pour ambition la création, sur 20 ans, de 300 à 500 villes nouvelles, susceptibles d’accueillir 10 à 15 millions d’habitants.

2- Créer des axes ferrovières spécialisés pour le ferroutage

Diminuer la pollution due aux transports routiers suppose la mise en œuvre d’un grand chantier : la création de 5.000 à 10.000 km de lignes ferrovières spécialisées pour le ferroutage.

ci-dessous, carte autoroutière de la France. En rouge, les axes de ferroutage construits début 2007. En rose, les axes à l'étude. En orange, les axes supplémentaires souhaitables.

Reseauferroutage

Ces lignes relieront, à travers la France, tous les pays frontaliers (l’Espagne, l’Italie, la Suisse, l’Allemagne, le Luxembourg, la Belgique, et le Royaume-Uni).
Elles contourneront les grandes agglomérations à une quarantaine de kilomètres.

Des gares de débarquement et de triage seront établies tous les 100 ou 150 km.

A terme de 10 à 15 ans, les camions devront répondre à de nouvelles normes drastiques (bridage des moteurs, émissions de gaz diminuées, etc).

3- Créer des champs d’éoliennes

Comparée à d’autres pays, la France est en retard pour l’exploitation de sources d’énergies propres. Un grand plan d’équipement doit permettre qu’à terme de 10 à 15 ans, plus de 10% de l’énergie produite en France soit d’origine éolienne.

Les enjeux de la recherche

par Sébastien Basan

La Recherche est un pari sur l’avenir, à court, moyen et long terme. A ce titre, elle doit s’inscrire comme une priorité politique pour agir sur plusieurs plans : technique, environnemental, social, et économique. Elle ne doit pas avoir pour objet le soutien de la croissance, solution court-termiste, mais être le signe révélateur d’une vision stratégique pour le bien être de tous dans le temps (à long terme) et dans l’espace (pour tous).

Cependant, la Recherche ne peut être réellement efficace que si toutes les forces vives, au niveau mondial, se coordonnent autour de grands projets qui constituent les enjeux d’une politique pertinente et efficace. Dans la continuité du traité de Lisbonne, le 7ème programme-cadre de la commission européenne prévoit un budget de 70 milliards d’euros entre 2007 et 2013. Alors que la commission ne parle que de croissance et de création d’emplois, il convient de proposer 4 grands enjeux qui englobent une vision plus complète des enjeux mondiaux et de mettre en avant plusieurs thématiques de recherche.

1• Enjeux techniques

Les nanotechnologies, les biotechnologies et toutes techniques de production et de communication doivent être encouragées. Ce programme doit non seulement servir les pays dits « riches » mais profiter également aux pays les plus pauvres. Développer des outils technologiques adaptés aux besoins des pays (agriculture, santé, téléphonie, Internet, etc.) tout en tenant compte des contraintes locales (irrigation des champs, rudesse du climat, absence de réseau électrique et de communication) participe de l’équilibrage Nord/Sud.

Par exemple, une partie de la recherche spatiale sur l’exploitation des satellites de communication apparaît comme une solution pour permettre aux régions les plus reculées de garder un contact avec toutes les autres parties du monde. Les OGM montrant des limites (coût onéreux, besoin d’irrigation plus important, etc), des méthodes d’exploitation du sol plus judicieuses peuvent être pensées (agro-écologie).

2• Enjeux environnementaux

Basé sur les travaux d’un Groupement d’Experts Intergouvernementaux sur l’Evolution du Climat (GIEC-IPCC), le ministère de l’écologie et du développement durable présente les travaux  que l’ensemble de la communauté internationale approuve :
le réchauffement climatique est une réalité et va se poursuivre,
il est la conséquence d’une activité humaine non maîtrisée.

Face à une démographie mondiale galopante et une activité humaine croissante, le problème des ressources est aussi posé : pénurie de pétrole dans les 50 ans à venir, désertification des régions les plus chaudes (besoin en eau), déforestation des régions tempérées (besoin en bois pour l’industrie), etc. A ceci s’ajoute des conditions climatiques extrêmes annoncées de plus en plus violentes : tornades, inondations, canicules. Sans tomber dans le catastrophisme, il est important de tenir compte des expertises les plus défaitistes pour agir dès maintenant sur le climat de demain.

Il est donc nécessaire de privilégier la recherche sur de nouvelles ressources énergétiques (ou sur des procédés économisant celles que nous utilisons), sur les biocarburants, sur l’écohabitat, le tri et le recyclage des déchets et sur tout projet défendant la protection de la planète.

3• Enjeux sociaux

Nous sommes plus de 6 milliards d’individus sur la planète, dont un nombre sans cesse grandissant va migrer vers les villes pour bénéficier de l’accès au travail, aux soins, à l’éducation, à la communication.

Toutes les composantes des sciences humaines doivent être appréhendées pour anticiper un tel mouvement de masse. S’ajoutent aussi les problèmes de santé publique (conséquences des OGM et des ondes électromagnétiques sur la santé, thérapie génique), de politique de transport (optimisation des réseaux routiers, aériens, maritimes et fluviaux) et de logement.

4• Enjeux économiques

Dans un contexte économique mondialisé, une réflexion plus poussée doit être menée pour aborder la dette du tiers-monde, le commerce équitable, le développement durable, le micro-crédit, la politique du médicament et du soin. Harmoniser la rémunération du travail dans tous les pays, les taux d’intérêts et le financement de la sécurité sociale (retraites, assurance-maladie, aides aux familles) est un axe majeur de la recherche qu’il faut encourager. Enfin, le commerce électronique doit être mieux contrôlé surtout ce qui touche à la sécurité de la transaction (cryptage des données, biométrie).

Synthèse

Plusieurs grands champs de recherche apparaissent prioritaires :

Environnement et santé publique (effet de serre, énergies alternatives, OGM, pollution électromagnétique)
Santé (politique du médicament, génomique)
Outils de communication (téléphonie, Internet, satellites)
Sécurité électronique (cryptage, biométrie)
Economie (développement durable et équitable)
Sciences humaines
Nanotechnologies,
Biotechnologies

Ceci n’implique pas un abandon total de tous les autres champs de recherche (linguistique, histoire, exobiologie, zoologie, ethnologie, psychologie, etc.) mais indique les grands chantiers les plus urgents à financer, à soutenir, à coordonner mondialement pour s’adapter aux exigences de la situation et offrir les mêmes droits à chacun.

Pour une meilleure gestion du personnel hospitalier

par Claire Fazilleau

La gestion du personnel hospitalier (chirurgiens, médecins, infirmières, aides-soignantes, brancardiers,…) n’est plus en adéquation avec les besoins. Cette gestion s’effectue à deux niveaux : sur le plan quantitatif et sur le plan qualitatif.

Pour un recrutement cohérent

Depuis 1972, l’Etat régule, chaque année, le nombre de nouveaux médecins aptes à exercer leur profession par un Numerus Clausus, variable en fonction de l’évolution des dépenses de santé et de la dette de l’Assurance-Maladie.

En 1997, l’Etat a fixé le Numerus Clausus à 4.500 nouveaux médecins par an. Objectif : diminuer les dépenses de santé en limitant l’arrivée de nouveaux praticiens et en encourageant les anciens à partir en retraite anticipée. Ce raisonnement purement économique a montré ses limites lors de la canicule de 2003 : on s'est rendu compte, à cette occasion, qu’il y avait pénurie de médecins.

En parallèle, les hôpitaux français ont embauché 11 000 médecins étrangers devenus indispensables à notre système de soins. Pour un travail équivalent, ils sont payés au rabais (-20 % en moyenne).

Sachant que l’âge moyen des médecins en 2004 est de 47,9 ans et que 30.000 départs à la retraite sont prévus d’ici 2012, une vraie politique de recrutement de médecins doit être mise en place et proposer un véritable compromis entre des contraintes économiques et des exigences de qualité de soin.

Le besoin d’une meilleure gestion s’étend à tout le personnel puisque, entre 1999 et 2015, 55% de l’effectif hospitalier partira en retraite, 50% pour les infirmières (source CNEH Centre National d’Expertise Hospitalière)

Actions
Fixer le numerus clausus des médecins à 8.000 pendant plusieurs années (selon les conseils du Centre National d’Expertise Hospitalière)
Evaluer le nombre optimal de patients qu’un médecin peut consulter pour mieux appréhender la politique de recrutement
Régulariser les concours en fonction des besoins régionaux avec une obligation de travailler dans la région pendant 1 ou 2 ans
Augmenter le nombre d’entrées à l’école d’infirmières

Pour un meilleur contrôle des compétences

Entre l’acquisition d’un diplôme et le départ en retraite, tout personnel du corps de santé doit subir une évaluation constante de ses compétences. Hors la visite annuelle à la médecine du travail et une évaluation (purement administrative) par la hiérarchie, aucune procédure n’est mise en place.

Or, le travail dans un hôpital auprès de patients implique forcément un exercice quotidien de la relation humaine. Le patient n’est pas seulement une pathologie relevant de la technique médicale, mais un être humain conjuguant le plus souvent problèmes physiques et psychologiques. Un contrôle renforcé de la qualité de la relation avec les patients se révèle donc nécessaire.

Actions
Donner un vrai sens à la visite médicale annuelle de médecine du travail 
Renforcer l’évaluation de la hiérarchie par une évaluation du personnel de la part des patients. Une note moyenne sur l’ensemble de l’année, tenant compte des compétences et de la relation au patient, sera attribuée à chaque professionnel de la santé. Cette note entrera en compte dans l’évolution de la carrière et dans la prime au mérite.
Recul de l’âge de la retraite à 70 ans pour les médecins.

Pour la promotion des métiers de la santé

Au sein même des différents métiers de la santé, surtout à l’hôpital, certaines filières ne sont pas attractives, tant à cause des horaires difficiles, que des salaires peu cohérents avec les exigences du métier, de la pénibilité relationnelle, voire des risques légaux encourus avec les patients et leur entourage. Dans certaines catégories de professions de santé, il y a désertion, par exemple, chez les anesthésistes. Et dans d’autres, la durée de vie professionnelle à l’hôpital est courte, par exemple chez les infirmières.

Actions
Mettre en place l’avancement au mérite, au niveau du salaire, c’est-à-dire en fonction de la note de l’évaluation du personnel
Reconnaître la pénibilité de certaines professions par la mise en place d’une prime
Mettre en place des campagnes de publicité pendant les cursus scolaire de la santé pour rendre plus attractives les filières les plus désavouées
•  Développer des passerelles entre spécialités pour les médecins (formation continue)
Augmenter les possibilités de formation pour les autres catégories de personnel (formation continue ou ponctuelle).